Mission Loup

Le piège du "toujours plus" dans la gestion du loup

Le 25/05/2026

Le retour durable du loup en Suisse a profondément modifié les équilibres entre protection de la biodiversité, activités d’élevage et gestion du territoire. En quelques années, la pression politique, médiatique et émotionnelle autour du prédateur s’est intensifiée, plaçant les autorités face à une attente toujours plus forte de résultats immédiats...mais aussi immuables. Soit des solutions qui ne nécessitent aucune réévaluation, qui fonctionnent et empêcheraient potentiellement toute attaque de prédateurs. Pourtant, derrière les débats sur les quotas de tir, les effectifs ou les autorisations de régulation, une question fondamentale reste souvent évitée : "QUEL EST RÉELLEMENT L'OBJECTIF POURSUIVI ?"

Image illustration article ml mai 2026

 

Nous abordons, aujourd'hui, une thématique obligatoire par les temps qui courent. Après l'avènement de la régulation proactive en septembre 2023, les motions politiques n'ont cessé de se succéder, à un rythme effréné, réclamant toujours plus : possibilité de réguler les loups dans les districts francs/réserves, mais aussi toute l'année (y compris pendant les périodes sensibles correspondant à la reproduction/mise bas/éducation) ou encore de tirer des quotas, dès le moment où la population lupine atteindrait certains effectifs (encore à déterminer).

Nous l'avions déjà annoncé et expliqué : la mise en place d'une forme de régulation plus intensive, telle celle pratiquée depuis 2023, ouvre systématiquement la fameuse boîte de Pandore. Sans évaluation scientifique approfondie et indépendante permettant de mesurer clairement les effets à moyen et long terme de cette stratégie (voir notre article PARTIE 1 - Régulation du loup - une étude scientifique...sous influence institutionnelle ?), il sera extrêmement difficile d'atteindre les buts fixés par les groupes la plébiscitant. Et ceci encore plus si l'objectif réellement visé est illusoire !



RETOUR SUR LA SITUATION EN SUISSE


Afin d'avoir une vision des plus globales de la situation et de son évolution, il est nécessaire de faire un retour en arrière :

Année 2017


2 meutes présentes en Suisse (1 meute purement suisse et 1 meute transfrontalière - 2 meutes ayant été dissoutes durant l'année).
Entre 40 et 50 loups détectés.
288 animaux d'élevages prédatés sur l'ensemble de territoire helvétique, toute situation de protection confondue (442 en 2016, 525 en 2018).

A cette époque déjà, au travers de communiqués et d'articles du monde pastoral et de certains politiciens, la situation était déjà hautement intolérable, inacceptable, il fallait AGIR rapidement. De fortes pressions ont alors été mises sur la Confédération, entre autres, pour réclamer une régulation plus complète et drastique du loup. Pressions qui ont mené, en 2019, à une révision de la Loi sur la Chasse (LChP), ensuite refusée par le peuple au travers d'une votation populaire (2020).

A l'arrivée de la régulation proactive, en septembre 2023, le conseiller fédéral Albert Rösti a établi un nombre minimal de meutes en Suisse, réparties sur 5 régions. Le choix de ce seuil de 12 meutes continue de faire débat, notamment en raison des divergences existantes entre approches politiques et évaluations scientifiques antérieures. Mais partons des volontés de Monsieur Rösti pour vous exposer la situation telle qu'elle pourrait être avec les quotas préétablis :

Année 2020

10 meutes sur le sol helvétique.
Environ 140- 150 loups présents.
917 pertes sur les animaux d'élevage, toute situation de protection confondue.

Il convient de préciser que les totaux des pertes annuelles fournis par l'OFEV/KORA concernent l'ensemble des animaux tués, qu'ils soient protégés, non protégés ou se trouvant sur des pâturages non protégeables (zones où il est impossible de poser des mesures de protection officielles). Cette généralisation, alors que seule les pertes en situation protégée sont prises en compte pour la fameuse régulation proactive, est problématique, manquant de précision et de transparence. Elle a également une influence non négligeable sur l'opinion publique, qui peut penser que le monde pastoral est harcelé malgré les mesures de protection.

Pour permettre à la population de mieux comprendre, nous précisons que la situation non protégée englobe deux catégories : les animaux n'étant pas à l'intérieur des parcs de nuit/structures au moment de l'attaque (pas rentrés) ou l'absence volontaire de protection officielle, telle la clôture électrifiée et/ou chiens de protection, malgré que la zone soit estimée protégeable (volonté de l'éleveur, malgré les subventions mises à sa disposition). 

En rapport avec l'année 2020, nous vous citons donc  l'exemple des deux cantons subissant, chaque année, le plus d'attaques. En Valais, 88% des 302 animaux d'élevage tués par le loup étaient en situation non protégée ou non protégeable. Soit seulement 26 étaient correctement protégésAux Grisons, le chiffre exacte des prédations en situation protégée n'a pas été communiqué publiquement, mais sur les 248 animaux tués sur l'ensemble de 2020, il est écrit dans le rapport des autorités "certaines attaques se sont produites malgré les mesures de protection des troupeaux officielles mises en place. 

Sur les 917 pertes totales, il n'y aurait donc pas eu plus de 150 à 350 animaux morts en situation protégée, sur l'ensemble de la Suisse ! Pour rappel, cette année là, 167'393 ovins avaient été estivés, le pourcentage de moutons tués qui étaient protégés par au moins une des mesures de protection se situerait donc à 0,2% !

Il est clair qu'aucun organisme, politique ou scientifique, ne pourra jamais établir de prédictions en ce qui concerne les prédations annuelles. Les facteurs l'influençant sont multiples, logiquement fluctuants et doivent donc être analysés globalement. La régulation n'en est qu'un parmi d'autres, il est nécessaire d'en avoir pleinement conscience. En se basant toutefois sur la situation depuis 2019 en Suisse, il faudra partir du principe qu'avec un nombre minimal de meutes en accord avec les volontés politiques du conseiller fédéral UDC, les pertes annuelles sur les troupeaux devraient osciller entre 700 et 1100 animaux d'élevage, toute situation de protection confondue.


PROTECTION : EXIGER L'IMPOSSIBLE EN FRAGILISANT L'ESSENTIEL

Il convient de mentionner que toute forme de régulation doit impérativement tenir compte du fameux seuil de viabilité, ceci afin d'assurer la protection et la santé de tout espèce, protégée ou non. Cela doit se faire au niveau régional autant que fédéral, comme l'exige clairement la Convention de Berne. Aux chiffres fournis, au fonctionnement du vivant, de la nature, mais aussi aux effets relatifs de la régulation, sans compter ses coûts, il y a un élément à définitvement comprendre et intégrer :

 

AUCUNE MESURE DE PROTECTION NE SERA JAMAIS INFAILLIBLE !


On se rend ainsi très vite compte que la dernière motion en date, déposée par le politicien PLR Alex Farinelli, ne résoudra donc strictement aucune des problématiques de cette thématique, puisque nous devrons également conjuguer avec des effectifs lupins régionaux sains. Et quand on sait qu'un loup, en quelques jours, peut déjà tuer plus d'animaux d'élevage que des meutes stables visées par la régulation, et ce annuellement, on comprend rapidement pourquoi. 

À cela s’ajoute une problématique rarement abordée mais pourtant centrale : l’affaiblissement progressif du système des chiens de protection, pourtant considéré comme l’un des moyens les plus efficaces pour limiter les prédations. La réorganisation du programme fédéral en 2025 semble avoir laissé apparaître plusieurs zones d’incertitude, notamment concernant la protection juridique, l’encadrement de l’élevage, de la sélection mais surtout de l’éducation des chiens durant leurs premiers mois de vie, période pourtant déterminante, clé, dans leur développement comportemental et leur futures compétences.

Or, les aptitudes à la protection reposent sur des équilibres complexes : sélection génétique, socialisation, expérience du terrain et qualité de l’encadrement. Un affaiblissement de ces éléments pourrait entraîner deux dérives, assez problématiques : des chiens insuffisamment aptes à la protection, ou au contraire des chiens mal préparés aux interactions avec les usagers de la montagne. 

Dans un contexte de forte fréquentation touristique en période estivale, cette problématique mérite une attention particulière. La coexistence ne dépend pas uniquement de la régulation du loup, mais surtout du maintien d’outils de protection efficaces, stables et correctement encadrés. Nous le rappelons : la protection est l'élément primordial pour éviter les prédations, ce qui est reconnu y compris par l'Office fédéral de l'environnement.

Il est toutefois intéressant de constater qu'aucun politicien déposant toutes ces motions de tir ne pose de réflexions équivalentes concernant le développement de la protection, l'amélioration des outils, un probable affaiblissement ni ne presse le pas auprès des hautes instances, ce qui est aussi significatif quant aux volontés et objectifs...


SUCCÈS DE LA RÉGULATION ?

Bien que cela ne soit pas le sujet de cet article, nous mentionnons tout de même le dernier communiqué de l'Office Fédéral de l'Environnement (OFEV - mai 2026) concernant les "résultats" de la régulation proactive. Malgré que ce dernier mentionne un certain succès de la régulation proactive, notamment sur le frein de la population lupine, et met l'accent sur la protection des troupeaux et son efficacité, il reste tout de même très "en surface". En effet, il se base sur des chiffres/évalutations globaux, alors qu'il serait nécessaire de se pencher sur la situation cantonale et surtout régionale, soit sur le territoire de meutes visées (réelle diminution des pressions, des attaques, du nombre de meutes ?). Pour rappel, seule une étude approfondie, sans biais constitutionnel (organisme externe, non lié aux autorités fédérales), prenant en compte l'entier des facteurs, pourrait permettre d'éventuellement se faire une idée plus approfondie des réels effets de la régulation. 

Le communiqué fait également mention d'un frein à la "croissance exponentielle" des loups. Or l’utilisation de ce terme est très discutable au regard des connaissances actuelles sur la dynamique des populations de grands prédateurs, généralement soumises à des mécanismes naturels de stabilisation territoriale et démographique. Et il ne fait, en outre, aucunement mention des conséquences sur le loup, les meutes, ni sur les dérives constatées, les erreurs étant soigneusement passées sous silence ou minimisées. 

Nous tenons à rappeler que les cantons des Grisons et du Valais possèdent déjà une population lupine et un nombre de meutes importants. Les territoires arrivent donc naturellement, et gentiment, à saturation, ce qui provoque alors une stabilisation des effectifs des meutes/loups. D'autres facteurs existants doivent donc être pris en compte, et mentionner, pour tenter d'expliquer la légère stagnation de la population lupine.

Et la population a-t-elle réellement été freinée ? Selon le graphique officiel du KORA ci-dessous, il y a eu 10 meutes supplémentaires entre 2022 et 2023 et 9 à 10 entre 2024 et 2025, malgré la régulation. Lorsque les effectifs de meutes ont commencé à s'intensifier (2020), et alors qu'un grand nombre de territoires étaient encore colonisables, il n'y avait alors qu'une augmentation de 5 meutes par an.


Graphique evolution meutes 1995 2025 kora


 

ÉVALUATION DES OBJECTIFS DU MONDE PASTORAL & POLITIQUE

Trente ans après le retour du loup en Suisse, nombre de motions, de demandes et de pressions se sont succédées au fil des ans. Une régulation du loup plus intensive que celle alors présente dans la Loi sur la Chasse originelle, est en fait réclamée depuis l'apparition du loup, des meutes (la première en Suisse a été identifiée en 2012 dans le Calanda, aux Grisons). On le constate en se penchant sur les communiqués, les prises de position et les demandes parlementaires. 

Mais en 2026, alors que la politique pose systématiquement le pied sur l'accélérateur du tir "tout azimut", sans aucune étude avérée pouvant prouver ses réels effets, il conviendrait prioritairement d'établir le point central de la toile de la coexistence : quel est le réel objectif du monde pastoral ?


1. S’agit-il de réduire les dommages/prédations ? Si oui, quel serait alors le seuil de pertes "acceptable", par exploitation, sur le plan cantonal ou fédéral ? Lorsqu'on constate que 288 pertes annuelles étaient déjà une frontière largement dépassée il y a près de 10 ans, il est donc important de savoir exactement quelle direction prendre. Tout en étant transparents et francs : il sera probablement impossible de descendre au-dessous de ce chiffre avec un nombre minimal de meutes, surtout en pratiquant une gestion/régulation touchant aux meutes peu problématiques. Cette question est donc le point d'ancrage de tout débat et décision future...

2. S'agit-il plutôt de limiter les risques, en axant sur une protection des troupeaux plus complète, en cherchant à investir dans son étude et son développement ? Ceci demanderait donc également d'accepter ce que nous appelerons le "chiffre du supportable" , soit une certaine tolérance quant au nombre de pertes annuelles, par exploitation, dans la mesure du raisonnable et en tenant compte de la mortalité naturelle et accidentelle provenant d'autres causes (qui ne sont pas indemnisées pour rappel). Et procéder alors à une régulation pragmatique, en évitant d'intervenir dans des meutes stables, peu prédatrices sur les troupeaux.

3. Ou cherche-t-on désormais à atteindre un objectif implicite : l’absence totale de pertes, d'attaques ?

Cette distinction est essentielle, car elle conditionne toute la logique de gestion future du loup en Suisse.

Réduire les dommages et limiter les risques sont des objectifs réalistes. Ils impliquent l'application de mesures de protection officielles, un suivi rigoureux du terrain, des interventions ciblées (basées non sur des évaluations politiques mais sur le fonctionnement du loup, de la nature) et une adaptation/évaluation permanente des pratiques. Pour autant, il conviendra de poser des réflexions mais aussi et surtout des quotas/chiffres plus précis, en acceptant la variable du risque et de la fluctuation, inhérents au vivant.

En revanche, viser le “zéro perte” revient à poursuivre un seuil qui n’existe dans aucun système de coexistence entre activités humaines et grande faune sauvage. Aucun pays au monde, 
confronté durablement à la présence du loup et de tout grand prédateur, n’a supprimé totalement les attaques sur les animaux d'élevage ! Aucun dispositif de protection, aucune régulation, aucun prélèvement ne permet d’annuler entièrement le risque. Le loup est désormais installé durablement sur le territoire suisse et les obligations de conservation imposent également le maintien d’une population viable de cette espèce protégée. 

Dès lors, si l’objectif politique ou sociétal devient implicitement celui du “zéro perte”, tel que cela se profile de plus en plus clairement même si pas explicitement avoué, la conséquence est inévitable : les mesures de régulation ne seront jamais considérées comme suffisantes :

 Les quotas seront toujours jugés trop faibles.
 Les tirs toujours trop limités.
 Les interventions toujours trop tardives.

Une mécanique de pression permanente s’installe alors progressivement, étant donné qu'il restera nécessairement des loups et des meutes sur le territoire, et puisqu’aucune régulation ne pourra supprimer totalement le risque et encore moins la prédation. La demande deviendra structurellement celle du “toujours plus” : plus de tirs, plus rapidement, sur davantage de territoires, en élargissant les périmètres, avec une tolérance toujours plus faible à la moindre prédation résiduelle.

Cette dynamique pose une question centrale pour l’avenir de la gestion du loup : une politique publique peut-elle rester stable, cohérente et crédible lorsqu’elle repose sur un objectif totalement irréalisable ? Un exemple serait de soumettre les mêmes pressions pour stopper toute forme de criminalité, définitivement. Les systèmes biologiques et sociaux complexes montrent généralement qu’aucune politique publique ne permet de supprimer totalement un phénomène, mais plutôt d’en limiter l’ampleur et les conséquences. Tout comme pour les prédations de loup, les graphiques de la criminalité seront donc fluctuants, avec des baisses, des augmentations, au gré des années, et en fonction de multiples facteurs...dont nombre sont imprévisibles et incontrôlables ! 

Donc, au niveau politique, suggérer ou promettre, explicitement ou implicitement, la possibilité de faire disparaître totalement les attaques (ou le loup...) revient à alimenter une frustration permanente. Une frustration qui fragilise à la fois les éleveurs, les autorités, les dispositifs de protection et, finalement, l’acceptabilité même de toute stratégie de coexistence durable.

La question n’est donc plus seulement combien de loups la Suisse peut accepter. Elle devient aussi : quelles attentes la Suisse peut raisonnablement promettre de satisfaire ? Au vu des constantes et fortes pressions du monde pastoral mais aussi politique, on ne peut que constater que la volonté qui se cache derrière toute démarche et décision n'est plus alignée avec l'acception d'un certain quota de pertes, de loups ou de meutes, sur le sol helvétique à l'avenir.

Plusieurs prises de position récentes laissent donc entrevoir une attente croissante tendant vers une absence quasi totale de prédation, y compris occasionnelle. Il serait judicieux de rappeler que lors des trois premières phases de régulation proactive en Suisse, des meutes ont été visées pour avoir prédaté entre 1 et 5 moutons annuellement, en situation protégée (mais où des failles ont tout de même été clairement détectées, une amélioration de la protection étant donc possible), certaines mêmes sans prédation aucune durant l'année en cours. 


UNE ESPÈCE PROTÉGÉE DORÉNAVANT PLUS FACILEMENT CHASSABLE QUE LE GIBIER ?

La régulation du loup, telle qu'elle se profile avec les diverses motions déposées (qui ne pourront être mises en place sans une modification de la Loi sur la Chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages - LChP), permettrait alors un fait assez fou, qui ne peut être ignoré des autorités fédérales et européennes : l'espèce canis lupus serait soumis à des interventions parfois plus larges que certaines espèces cynégétiques ! Et ceci alors que son statut de protection, bien que modifié en décembre 2024, reste supérieur aux cerfs, chevreuils et autres espèces proies. Voici les situations qui permettront de pratiquer le tir :

le loup pourra être abattu sans qu'il n'ait commis de prédations sur les animaux d'élevage, soit de manière 100% préventive ! En Suisse, cela permettra l'abattage de meutes entières ou de 2/3 des louveteaux sans que des dommages importants, tels que préconisés dans l'article 9 al.1 de la Convention de Berne, aient été commis sur des animaux d'élevage. Et en France, il est déjà permis de tirer des loups qui passent à proximité des troupeaux, sans aucune tentative d'attaque et, pire encore, sans que des mesures de protection officielles ne soient obligatoirement mises en place, une régression de 30 ans ! 

Et ceci sans égard aucun pour le rôle de l'individu dans une meute, entre autres. Plusieurs travaux scientifiques suggèrent que des prélèvements non ciblés ou intervenant sur des individus reproducteurs peuvent favoriser des phénomènes de déstabilisation sociale au sein des meutes, notamment lorsque ces dernières sont stables. Une stratégie qui soulève plsuieurs interrogations sur ses conséquences à moyen long terme, parmi lesquelles une augmentations des attaques ou une forme de maltraitance, tel le cas de louveteaux se retrouvant sans parents, de dispersion sans éducation. Ceci est un terreau propice pour avoir des loups aux comportements de plus en plus problématiques par la suite...

le loup pourra être tirer toute l'année, y compris durant la période de reproduction, de mise bas et d'éducation des louveteaux. Il convient de mentionner qu'en Suisse, AUCUNE espèce chassable ne peut être abattue durant le printemps, soit pendant ces phases extrêmement sensibles ! Le loup serait donc l'unique exception, ce qui pose de très sérieuses questions quant à l'éthique et à la biologie, notamment concernant la survie de jeunes loups encore dépendants des adultes. Des lois régissent pourtant le bien-être animal, permettant d'assurer la protection du vivant pendant des périodes hautement sensibles, entre autres.

le loup pourra être chassé partout sur le territoire helvétique, y compris dans des zones de réserves, de districts francs voire même dans des parcs naturels régionaux ! 

Vous l'avez compris : bien que figurant sur la liste des espèces protégées, qui nécessitent une surveillance plus scrupuleuses afin d'éviter des chutes brutales d'effectifs ou des soucis génétiques, dus aux diverses pressions humaines (braconnage, chasse, circulation routière) ou climatiques (perte des habitats naturels, etc.), le loup pourrait se retrouver soumis, dans certaines situations, à une pression de prélèvement bien plus étendue que certaines espèces officiellement classées comme gibier ! Et ceci en sachant pertinemment que même si les effets de la régulation restent insuffisamment évalués, ils ne permettront jamais d'atteindre un objectif tel celui du zéro perte, ni maintenant ni à l'avenir. Nous reprenons la phrase d'un opposant, pas plus tard qu'i y a quelques jours, dans un commentaire posté suite à une prédation : "un loup, c'est déjà un de trop" !

La régulation du loup ne devrait pas être pensée au travers d’objectifs inatteignables ni sous l’influence de dynamiques essentiellement politiques ou émotionnelles, mais dans le cadre d’une approche globale intégrant l’ensemble des facteurs liés à la coexistence entre activités humaines et grande faune sauvage. Une telle problématique nécessite une vision à la fois scientifique, pragmatique et bilatérale, tenant compte autant des réalités du monde pastoral que du fonctionnement écologique du loup et des écosystèmes dans lesquels il évolue. Dans cette perspective, il devient indispensable d’ouvrir une réflexion de fond sur une notion centrale mais rarement abordée explicitement : celle du « chiffre du supportable ».

Nous espérons aussi que la Convention de Berne, qui reste bien silencieuse depuis le déclassement du loup malgré les nombreux coups de canif dans le "contrat" de certains signataires, prenne l'ampleur des dérives en cours, en Suisse mais aussi en France. Il devient difficile de les nier, en constatant qu'une espèce possédant un statut de protection est à l'heure de devenir plus facilement chassable que toute espèce proie chassable... Et que le braconnage, qui est plus que rampant et qui reste malheureusement inchiffrable, aura une influence certaine sur la situation de la population lupine, autant sur les effectifs que sur la santé génétique. 

La gestion du loup ne pourra probablement pas être durable si elle continue d’être abordée selon une logique essentiellement unilatérale. Une problématique impliquant à la fois activités humaines, biodiversité, dynamique des écosystèmes et acceptabilité sociale nécessite, par définition, une approche multidimensionnelle, fondée sur l’évaluation scientifique, la transparence des objectifs poursuivis et la reconnaissance des limites inhérentes à toute politique de gestion du vivant.



Article : Team Mission Loup
Photo : Mission Loup
Sources : KORA/OFEV/Services cantonaux de l'environnement, de la faune et de la chasse suisses.